#lesrameauxcachés : Odile la vosgienne d'Etival
Odile Gérardmichel
Étival (Vosges) au XVIIe siècle
Tout a commencé, il y a une trentaine d’années par l’arbre généalogique de la famille Dantant, arbre réalisé par ma belle-mère Annette Finance (1935-2023).
Elle l’a construit sans internet, en allant dans les communes et en rencontrant des cousins éloignés.
Je suis très admirative de la qualité du document. (en jaune sa lignée)
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La mère d’Annette s’appelait Renée Dantant et a vécu de 1914 à 1990 à Taintrux et aux alentours de Taintrux (Vosges). C’était la grand-mère de Gilles Grosgeorge (1954-2019), mon mari.
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Gilles, Annette (de dos) et Renée Dantant en 1969
Annette avait découvert (je ne sais comment) l’existence de Colette Colin D’Entant, décédée en 1669 à l’âge de 80 ans. C’était une sœur de l’ancêtre de Renée Dantant. Tout se passe à Etival commune des Vosges située à 13 km de Saint Dié.
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Il est à remarquer que son nom de famille comporte un prénom et un nom propre.
L’ancêtre le plus ancien est soit Colin Dantant, soit Colin Colin Dantant ou encore D’Entant.
Il se marie 2 fois et ses enfants ne porteront pas le même patronyme lors du baptême :
Claude baptisé en février 1628 sera Claude Colin (1er mariage)
Marie baptisée en mars 1632 sera Marie Dantant.(2e mariage)
Claude Colin va épouser Odile Gérardmichel dont le nom de famille va varier.
- Le 5 octobre 1631, mariage de Gérard Michel et Mengeotte de Bul à Etival.
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Sur cet acte, Gérard est le fils de Gérard Michel.
- Le 4 septembre 1632, Odille Michel est baptisée par la sage-femme à Etival.
Seul le nom de son père apparait.
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L’enfant porte donc le nom de famille de son père « Michel »
- Le 3 décembre 1634, naissance de Sébastien Michel
Je ne sais pas ce qu’il est devenu
- Le 10 décembre 1637, Gérard Michel, veuf épouse Catherine Clerc.
Le couple aura 5 enfants qui porteront le nom de Michel.
Découvert sur Geneanet :
Gérard Michel avait épousé en seconde noce Catherine Clerq, veuve de Balthazar Baden, alors qu'il avait été le parrain d'une fille Maria qu'elle avait eu de son premier mari. Les 2 époux ignoraient en toute bonne foi qu'ils ne pouvaient se marier sans avoir obtenu une dispense pour affinité spirituelle en vertu du droit canonique.
Il y avait donc eu à l' époque une négligence du curé , qui lui, aurait dû savoir qu'une dispense s'imposait. Puis, avec le temps, les gens qui connaissaient la situation avaient sans doute supposé que la dispense avait été accordée...
Hélas, après 23 ans de mariage et la naissance de 5 enfants, la mère apprend qu'ils auraient dû demander dispense...
Le clergé ne pouvait pas tout simplement ignorer le code canonique, et en principe, le mariage aurait dû être annulé, et le mariage être revalidé, après dispense, mais ceci était très gênant, car les 5 enfants auraient été illégitimes depuis leur naissance (et il aurait donc fallu en plus les légitimer au moment de la revalidation).
L'église a horreur du scandale, surtout vu le ridicule de la situation. Donc, les docteurs théologiens conseillers de l'évêque ont décidé à l'unanimité que par précaution (ad cautelam), toute cette affaire devait rester secrète et que la revalidation du mariage se ferait secrètement (secreto).
- La date du mariage d’Odille avec Claude Colin est inconnue mais sans doute en 1652.
Son nom de famille va varier selon les actes de baptême des ses enfants.
- En octobre 1653, lors du baptême de Claude Colin, elle est nommée « Ottile Gérard »
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- En janvier 1656, lors du baptême de Joseph, elle est « Odile Gérard Michel »
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- Parfois le curé oublie l’un des 3 noms et doit le rajouter.
Ainsi lors du baptême d’Otille en février 1671. Elle est fille bessonne, mais l’autre a dû être mort-né.
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Dans un même acte, Odile Gérard Michel portera plusieurs noms différents.
- Lors de son inhumation, elle est Othile Gérard dans la marge et dans l’acte c’est Ottile Gérard Michel.
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Pourquoi a-t-elle été ainsi nommée ?
Son père a eu 6 enfants avec 2 épouses et elle est la seule à s’appeler ainsi.
Peut-être pour rappeler qu’elle était la fille de Gérard Michel.
Dans le livre d’Albert Dauzat « Les noms de famille en France » (1977), il est dit que les noms composés de 2 prénoms sont peu nombreux en dehors de l’Est (de la France).
Historiquement les composés se sont formés en 2 étapes par adjonction d’un second nom à un nom héréditaire déjà formé comme Gérardmichel.
C’est la même chose pour un nom formé d’un nom de baptême précédé d’un qualificatif. Grosgeorge en est un parfait exemple.
- Un peu d’histoire
En cette première moitié du XVIIe siècle, Etival fait partie du Duché de Lorraine et n’est pas encore rattaché à la France.
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Source : Wikipédia
Étival est à côté de Saint Dié, au Nord-Est du département des Vosges.
La guerre de Trente Ans et son cortège de malheurs (1618 -1648)
La fin du XVIe siècle, début du XVIIe siècle est une période sombre pour le duché, ainsi que pour l'Europe tout entière. La guerre de Trente Ans avec son cortège d'horreurs : massacres, pillages, exécutions, sont pratiqués par des troupes de reîtres ainsi que par les bande de pilleurs qui les suivent. Les Suédois en conflit avec les Français sévissent sur le territoire de la Lorraine, alors sous le règne de Charles IV. Deux combats se déroulent devant les murs de Raon. Le premier en 1635, oppose des troupes du duc de Lorraine à de la cavalerie française. La victoire reviendra aux Lorrains. En 1636, ce sont les troupes lorraines et impériales qui sont défaites. Cette même année, afin de réduire les places de résistance des Impériaux, Richelieu fait raser toutes les forteresses lorraines dont le château de Beauregard dominant Raon. Derrière tous ces passages et affrontements successifs, il ne reste que ruines et désolation. L'économie locale est dévastée, la famine, les épidémies (la peste notamment) vont s'abattre sur les populations locales rescapées. La peste notamment apparue en 1635, ne s'arrêtera que vers 1650. Elle fera des milliers de victimes.
Cet article de Wikipédia concerne la ville de Raon-L’étape , distante d’Etival de 5 km.
Une autre description des ravages de la guerre
Extraits de la notice de l’abbé Idoux, publiée en 1911 et 1912 dans les Annales de la société d’émulation du département des Vosges (numérisé par Gallica)
Raon-l’Étape était jadis fermé de murailles et de fossés, muni de tours et de trois portes. A la suite de la défaite de Coloredo, les murailles de Raon furent abattues, seules les tours et les portes restèrent suffisamment longtemps pour attester que la dévastation s’était jetée sur la ville.
Si les usines, métairies et terres acensées furent partout saccagées, il n’est que trop certain que les fermes, les hameaux, les villages entiers ne furent pas épargnés.
Dès 1632, les villages environnant Raon-l’Étape étaient ravagés par la contagion et la ville chargée du cantonnement des troupes impériales qui occupaient les terres de l’évêché de Metz, bien que Raon fut pays de Lorraine.
De 1634 à 1645, il n’y a plus de compte où il soit question de Raon-l’Étape. Lorsque son nom reparait, c’est pour constater en 1645 « que Raon est comme déserte, qu’il ne s’y tient plus aucun marché », en 1650 que « les armées suédoises de Falkenstein et Roze, qui gitèrent à Raon et environs, ruinèrent toute la contrée ».
En conséquence, après la destruction de Vézeval, il n’y a plus de drapiers à Raon (1655 et 1656), l’hôpital avait succombé depuis les guerres, il n’y avait plus que pierres sur pierres, le four banal, le battant à écorces, la halle était démolie et en décombres.
Les vignes qui étaient à la côte de Beauregard, ravagées, ne se façonnaient plus depuis les guerres. La ville, pour faire face à ses lourdes charges, avaient vendu ses coupes de bois.
En 1668, les moulins de Raon et de Laneuveville seront encore à reconstruire. La population se reconstitua lentement.
Si en 1710, Raon comptait 194 ménages et Laneuveville 52, Celles n’en comptait que 34, Luvigny 5 et Raon-sur-plaine 34 au maximum. En revanche, les loups pullulèrent au pays, il fallut leur faire la chasse, même à cheval.
Sur le ban d’Etival, on rencontre la misère en 1637. Le maire Briot suppliait les religieux de réduire la taille Saint-Rémy, « attendu le petit nombre d’habitants qui se trouvaient dans le ban, la grande pauvreté et misère que se constatait pour lors ». Les années suivantes, il ne fut plus question de réduction, on se trouva face à l’impossibilité.
Outre la guerre, la région fut ravagée par la peste.
- En consultant les registres paroissiaux d’Etival, on constate :
Un seul baptême en novembre 1636 et seulement 2 en 1638 contre 28 en 1635.
3 mariages en 1635 contre 19 l’année suivante.
Les décès ne sont pas enregistrés à ce moment-là.
Et au-delà de ces années , les effets des guerres perdurent encore jusqu’en 1670 au moins. Seulement 14 mariages sur la décennie 1650/1660
On peut penser que la mère d’Odille a pu succomber à la peste ou à la famine. Et je n’ai rien trouvé sur son frère Sébastien né en décembre 1634.
Ainsi la recherche sur cette ancêtre de mes enfants qui fut la seule à porter ce patronyme de Gérardmichel m’a emmenée vers la Grande Histoire.